Vers de nouvelles formes d’organisation NR 03-11-17

Vers de nouvelles formes d’organisation paysanne

Publié le | Mis à jour le

 
Les structures maraîchères s’intéressent à ce statut, nouveau dans le monde agricole.
Les structures maraîchères s’intéressent à ce statut, nouveau dans le monde agricole.
© (Photo archives NR)

A l’heure où le monde agricole est plongé dans une précarité sans précédent, certains agriculteurs se tournent vers d’autres statuts juridiques.

 

Mettre fin à la paupérisation du monde agricole en garantissant un revenu de base pour tous les paysans, est un des objectifs annoncés par Emmanuel Macron qui présentait, il y a quelques semaines, les grandes lignes de sa politique agricole.
Dans les faits, pourtant, les récentes mesures prises par le gouvernement viennent contredire l’élan positif du président. En première ligne, la suppression des aides de maintien de l’agriculture biologique et les accords de libre-échange comme le Ceta, qui inquiètent les filières locales.
Pour les agriculteurs, c’est même un casse-tête chinois. D’un côté, il s’agit de répondre à une demande croissante de bons produits, accessibles à des prix qui ne découragent pas les consommateurs (*).
De l’autre, il faut réussir à vivre pleinement de son métier, alors qu’à l’heure actuelle, près d’un tiers des agriculteurs français doit composer avec moins de 350 € par mois.
La Scop, modèle d’avenir ? Rompre avec cette précarité en cherchant la solution dans leur organisation sociétaire, c’est ce que tente, depuis novembre 2016, de jeunes paysans du Lochois qui font un peu figure de pionniers dans leur domaine.
Les cinq associés de la ferme de Belêtre (*), à Dolus-le-Sec, sont regroupés en société coopérative de production (Scop). Un modèle économique encore inédit dans le paysage agricole français et, surtout, une façon de s’assurer, selon eux, une meilleure protection sociale et d’éviter de tomber dans les écueils du surendettement que vivent de nombreux agriculteurs.
Organisés en Scop, ces jeunes producteurs maraîchers et boulangers cumulent les statuts de salariés et d’associés. Autrement dit, ils sont, tous les cinq, cogérants de la coopérative et cotisent en même temps à la MSA pour l’assurance chômage, la retraite et la maladie, au même titre que les salariés.
Des cotisations au coût un peu plus élevé mais qui assurent une protection sociale améliorée.
« L’autre avantage est que le statut de Scop empêche la capitalisation à outrance. Dans une coopérative, l’augmentation du capital ne peut pas se partager », détaille Temanuata Girard, ancienne porte-parole de la Confédération paysanne dans le département, aujourd’hui secrétaire générale du syndicat.
En clair, la part versée au capital par les associés ne peut pas faire l’objet d’une plus-value.
Un statut à la marge Mais, si de plus en plus d’agriculteurs commencent à s’intéresser à ce statut, celui-ci reste encore à la marge. En cause, notamment, la difficulté, une fois regroupé en Scop, à rentrer dans les critères requis pour prétendre aux aides financières agricoles.
Guillaume Geffard et Sylvain le Thuaut, deux maraîchers de Saint-Genouph, y ont bien pensé un moment, inspirés par l’initiative de la ferme de Belêtre. Mais, se grouper en Scoop, c’était renoncer à l’aide à l’installation proposée aux moins de 40 ans par le Syndicat des jeunes agriculteurs.
« Alors, nous avons formé une EARL. C’est un statut plus classique mais on ne voulait pas prendre de risques : une reconversion professionnelle, c’est toujours un pari. Pour faire différemment, il faut connaître toutes les ficelles. Nous parions sur le bio et c’est déjà bien », explique Sylvain.
Avec leur petite exploitation de 3 ha (1,9 cultivés) lancée il y a tout juste deux ans, les associés arrivent pour le moment à se dégager chacun l’équivalent d’un Smic. Les aides, par contre, ils « n’en n’ont pas encore vu la couleur ».
(*) Contactés plusieurs fois, ils n’ont pas fait suite à nos appels.